Qui est le garçon ? À Sanary, avec Dorothée, été 1992
Dernière mise à jour : 10 août
Qui est le garçon ?

Ce matin, en parcourant facebook, un cliché arrête mon regard : une très belle photo de Dorothée, prise à Sanary-sur-Mer à l'été 1992, que je ne connaissais pas. L'occasion est trop belle : je décide de reprendre mon vieil article pour assurer la transition habituelle entre l'ancien et le nouveau site.
Je fouille alors mes archives. J'y retrouve les photos qu'un touriste avait publiées, il y a une dizaine d'années, sur son blog, et parmi lesquelles j'avais retenu une photo de Do sur scène lors des décicaces finales.

En regardant de plus près la troisième image, je reconnais le garçon au premier plan : casquette LC Waikiki vissée sur la tête, pendentif en œil de tigre autour du cou… c'est moi ! Je tiens là, sans le savoir depuis toutes ces années, une photo de ma toute première rencontre avec mon idole, à l'été 1992, à mes quinze ans.
En cherchant à remonter jusqu'à la source de ces photos, je finis par identifier leur auteur : il s'agit de Seb, alias « le cowboy lyonnais », un collectionneur passionné. Il me faut absolument un scan propre de ce petit trésor. Du moins, c'est ce que je crois, ce matin-là… L'illusion
Restait cette photo. Grâce à Seb, je reçois enfin l'image d'origine, en haute définition. Et là, le charme se brise. Le garçon du premier plan porte une casquette Jordan, et non LC Waikiki. Il est plus âgé que moi à l'époque, le visage différent. Son médaillon dessine un cercle, quand le mien, en œil de tigre, tombait en goutte. Ce n'était pas moi. Ce n'était qu'une illusion, née d'une image floue et d'une furieuse envie de me retrouver, gamin, aux côtés de mon idole.
Qu'importe, au fond. La photo s'est trompée de garçon ; la rencontre, elle, a bien eu lieu. L'autographe, le prétexte de la petite sœur, la cohue des enfants sur le podium : tout cela, je l'ai vécu, à quinze ans, ce mardi 4 août 1992. Et certaines images n'ont jamais eu besoin d'être prises pour rester, à jamais, intactes.
40° à l'ombre

En ce premier mardi d'août 1992, Dorothée passe à la télévision, en direct, pour assurer sa promotion sur FR3, dans 40° à l'ombre de la 3, le rendez-vous quotidien que la chaîne installe chaque été au bord de l'eau, face au public. Cette semaine-là, Vincent Perrot et toute son équipe ont posé leurs valises à Sanary.
Entourée de Pascal Sanchez, l'animateur de Pêche d'enfer, de l'imitateur Patrick Adler et de la chanteuse Jo Lemaire, Dorothée arrive dans un duplex reliant le parking de l'Esplanade au trimaran, « le Garlaban ».

Plus tard, une fois pied à terre, Dorothée et Pascal Sanchez rejoignent le podium. À peine l'interview commencée, les enfants l'escaladent et c'est la cohue. « Pire que Patrick Bruel ! », s'amuse Pascal Sanchez. Vincent Perrot embraye alors sur ce qui fait l'âme de son programme estival : ces directs en plein air, au plus près du public, dans une ambiance qui rappelle celle des tournées.
Pour l'occasion, Dorothée troque son style habituel contre un short large, un tee-shirt NBA et une casquette des Chicago Bulls. Une allure nouvelle, nettement moins glamour qu'à l'accoutumée.
Voici l’émission dans son intégralité:

On apprend au fil de l'émission que Dorothée a fait une entorse à ses vacances « grâce à la magie de la télévision » : elle a mis son séjour américain entre parenthèses pour venir, et promet d'y retourner bientôt, direction les Everglades. Le Club Dorothée diffuse jusqu'au 7 août les épisodes tournés à Miami, en Floride, au début de l'été.
Dorothée en profite pour revendiquer son goût pour le farniente : dès qu'elle le peut, elle ne fait rien, et elle l'assume pleinement. N'allez pourtant pas croire à un été paresseux.
Elle boucle l'enregistrement de son prochain album, Une histoire d'amour, sur lequel elle s'offre un duo de choc : pour une reprise endiablée de Great Balls of Fire, elle partage le micro avec une légende internationale du rock, Jerry Lee Lewis. Enregistrée à Paris, la chanson fera partie intégrante du Cadeau de la rentrée, sur TF1, en prime time le 5 septembre 1992.

Dorothée referme l'émission sur Où est le garçon ?, juste avant les résultats du jeu de la séduction de Pascal Sanchez, appelé à succéder à Vincent Perrot pour la suite de la tournée des plages. Mais le playback vire à l'assaut : un enfant grimpe sur scène pour l'embrasser, puis deux, puis cinq, puis dix… Perrot doit siffler la fin de l'invasion pour boucler le show.
Le garçon à la casquette

J'ai quinze ans. Comme presque chaque été, je suis en vacances chez mes grands-parents, à Sanary, la ville natale de mon père. D'habitude, je suis l'émission depuis le salon, au frais, et je ne sors qu'à la toute fin pour aller à la rencontre des invités. Cette semaine-là, ce sont Nilda Fernández, Benny B et, ce fameux mardi, Dorothée. J'ai le souvenir que nous connaissions à peu près les noms des invités de la semaine, mais jamais le jour précis de leur venue : il fallait donc rester à l'affût. Je tenais également de source sûre que des loges étaient mises en place dans le théâtre Galli. Un ami qui y travaillait m'avait d'ailleurs raconté que Dorothée avait dû être portée pour pouvoir circuler, tant elle était encerclée.
Tout penaud, je m'approche de la chanteuse pour lui demander un autographe, au milieu de la foule d'enfants. L'adolescent un peu honteux que je suis prétexte que c'est pour sa petite sœur… Mais, maligne, elle reconnaît la feinte, juste avant qu'un autre petit bout de chou lui saute dans les bras et me vole, littéralement, la vedette.
C'est l'année des trente ans de la mort de Marilyn Monroe. Je collectionne les revues, je dévore ses biographies. Aussi, lorsque vient mon tour, Dorothée signe mon agenda scolaire juste derrière une caricature de Marilyn que je m'étais fait dessiner sur le marché nocturne. Malheureusement, je n'arrive pas à remettre la main dessus.
Dans la rue, je croise aussi Vincent Perrot, qui court dans tous les sens, et Isabelle Duhamel, qui anime la séquence De âne à zèbre mais qui reste pour moi, avant tout, l'animatrice du jeu Astro et de Salut les p'tits loups.
Trente et un ans plus tard, sur le port
Voici donc un merveilleux souvenir de l'adolescent que j'étais, un moment unique qui me revient souvent en mémoire.
Le 22 août 2023, lorsque Gulli me contacte pour participer au Grand Jeu des années Club Do et que je reçois les modalités d'inscription, il est demandé d'envoyer deux photos ainsi qu'« une courte vidéo de présentation afin de vous présenter et, pourquoi pas, de nous raconter une anecdote de votre enfance ».
L'évidence s'impose aussitôt. Alors que je me trouve à Sanary, je tourne ma vidéo de présentation sur le port, à l'endroit précis où j'ai rencontré l'animatrice-chanteuse trente et un ans plus tôt.

L'illusion

Restait cette photo. Seb, ma gentillement envoyé la photo d'origine. Et là, le charme se brise. Le garçon du premier plan porte une casquette Jordan, et non LC Waikiki. Il est plus âgé que moi à l'époque, un visage plus typé. Son médaillon dessine un cercle, quand le mien, en œil de tigre, formait une goutte. Ce n'était pas moi. Ce n'était qu'une illusion, née d'une image floue et d'une furieuse envie de me retrouver, gamin, aux côtés de mon idole.
Qu'importe, au fond. La photo s'est trompée de garçon ; la rencontre, elle, a bien eu lieu.
De ce souvenir, de ce retour en mémoire, de cette émotion éprouvée à l'idée d'avoir retrouvé cette photo, est née une chanson.


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