40 ans de McDonalds en Italie
- lesanneesrecre
- 23 janv.
- 5 min de lecture

L’arrivée de McDonald’s en Italie ne s’est pas faite sans heurts. Si un premier établissement a vu le jour à Bolzano en 1985, c’est l’inauguration du restaurant de la Piazza di Spagna, à Rome, le 20 mars 1986, qui a marqué les esprits. L'événement a provoqué d'immenses manifestations : intellectuels et riverains craignaient alors une « dégradation » du centre historique. Malgré ces critiques initiales, l’enseigne a su s’adapter au point que l’Italie est aujourd’hui l’un de ses marchés les plus importants en Europe.
Bien entendu, l’affection que portent les Italiens au fast-food est née, comme partout ailleurs, de campagnes publicitaires particulièrement efficaces. Pour fêter ses 40 ans de présence en Italie, la firme de Ronald joue la carte de la nostalgie avec une campagne intitulée « Ti sblocco un ricordo » (Je te débloque un souvenir). Elle y propose un mashup avec deux dessins animés absolument cultes en Italie : Cat’s Eye (Occhi di Gatto) et Goldorak (UFO Robot Goldrake).
L’animation de ces spots est l’œuvre de Marco Albiero, un illustrateur et mangaka italien de renom. Il est particulièrement célèbre pour son style qui rend un hommage vibrant aux classiques de l’animation japonaise des années 80, tels que Sailor Moon ou Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque). Pour l'opération « Ti sblocco un ricordo », Albiero ne s'est pas contenté de dessiner les robots et les héroïnes. Il a dû relever le défi d' intégrer des produits du fast-food dans l'univers anime. 1/ Mac Donalds / Cat's Eye (Occhi di Gatto)
La musique utilisée pour cette publicité est le générique italien de l’anime Cat’s Eye (créé par Tsukasa Hōjō), diffusé en Italie dès septembre 1985, soit six mois avant l’ouverture du premier restaurant McDonald’s. En Italie, ce titre est devenu un immense succès populaire. Sa mélodie "Italo-Disco" entraînante accompagne les aventures des trois sœurs Celia, Mila et Kelly (les noms italiens de Sylia, Tam et Alex). Pour le public français, cette mélodie est également familière, car elle a été utilisée pour le générique du dessin animé Sandy Jonquille.
Dans cette version publicitaire célébrant les 40 ans de McDonald's, la fin du refrain a été transformée pour « débloquer le souvenir » des clients. Au lieu d'évoquer les cambriolages des célèbres voleuses, les paroles célèbrent le retour de burgers cultes : « Occhi di Gatto... il CBO è ritornato ! » (Le CBO est de retour !)
La chanson, intitulée Occhi di gatto, écrite par Alessandra Valeri Manera et composée par Ninni Carucci, est interprétée par Cristina D’Avena, que l’on aperçoit à la fin du spot publicitaire en train de fredonner le jingle de McDonald’s.
Cristina D'Avena

Pour les Italiens, Cristina D'Avena est bien plus qu'une simple chanteuse : elle est la voix de l'enfance. Née en 1964, elle commence sa carrière à seulement 3 ans lors du concours Zecchino d'Oro. À partir des années 1980, elle devient l’interprète quasi exclusive des génériques de dessins animés diffusés sur les trois chaînes nationales du groupe Mediaset (Canale 5, Italia 1 et Rete 4), propriété de Silvio Berlusconi (La Cinq en France) dont elle était également l'animatrice vedette des programmes jeunesse.
Avec plus de 700 chansons à son actif, son influence dépasse largement le cadre musical.
Elle a connu un immense succès en tant qu'actrice, notamment en incarnant « en chair et en os » le personnage de Licia (Lucile dans Embrasse-moi Lucile) dans quatre séries "live-action" faisant suite au dessin animé. Par la suite, elle joue son propre rôle dans la sitcom semi-biographique Arriva Cristina (1988), où elle interprète une étudiante en médecine — ce qu'elle était réellement à l'époque — gérant de front sa carrière de chanteuse.
À la télévision, elle a présenté ses propres émissions musicales comme Cantiamo con Cristina, un concept de karaoké géant. Aujourd'hui encore, elle reste une figure médiatique majeure, apparaissant comme juge ou invitée d'honneur dans des émissions telles que Drag Race Italia ou Il Cantante Mascherato (Mask Singer).
Également narratrice de nombreuses collections de contes pour enfants, Cristina D'Avena continue de remplir des salles de concert entières. Ses fans, désormais âgés de 30 à 50 ans, chantent toujours ses génériques par cœur. C'est cette omniprésence (musique, télévision, livres, jouets) qui explique pourquoi McDonald's Italie l'a choisie pour cette campagne : elle incarne, à elle seule, toute une époque.
2/Mac Donalds / Goldorak (UFO Robot Goldrake)
Comme en France, Goldorak est le robot qui a littéralement déclenché la "révolution des anime" en Italie à la fin des années 70. Diffusé pour la première fois le 4 avril 1978 sur la Rai 2 sous le nom d'Atlas UFO Robot, ce fut un tel choc culturel que cette date est aujourd'hui considérée comme le "Big Bang" de la télévision italienne moderne.
En Italie, la musique de Goldorak est un véritable monument national. Contrairement à la France, qui a connu une multitude de génériques différents (Noam, Enriqué, etc.), l'Italie est restée fidèle à ses deux thèmes originaux, qui furent d'immenses succès radiophoniques.
Composés par Vince Tempera, Luigi Albertelli et Ares Tavolazzi, les deux génériques ainsi que le LP de la bande originale ont connu un succès retentissant. « UFO Robot », le premier générique, a dépassé le million d'exemplaires vendus, se hissant à la quatrième place des meilleures ventes de singles. Le second, intitulé « Goldrake », a atteint la septième place avec plus de 700 000 exemplaires écoulés.
Le titre utilisé dans la publicité McDonald's reprend l'air d'ouverture mythique, « UFO Robot ». Écrit par Luigi Albertelli et arrangé par Vince Tempera et Ares Tavolazzi, il était initialement interprété par Alberto Tadini, que l'on surnommait alors "la voix d'acier".
Le spot publicitaire conserve la structure rythmique et la mélodie disco-funk originale, mais adapte avec humour les caractéristiques techniques du robot à celles d'un burger mythique, créant ainsi un pont parfait entre nostalgie et gourmandise. Et nous ?
En France, McDonald’s ne nous a pas encore proposé ce type de publicité hybride et nostalgique, d’abord parce que les dates ne coïncident pas :
Dès 1972, le franchisé Raymond Dayan ouvre un premier restaurant à Créteil, faisant de la France le neuvième pays d’implantation de McDonald’s, avant d’en exploiter 14 au total. La firme américaine tente ensuite de racheter ses établissements ; face à son refus, elle engage une procédure judiciaire pour non-respect des normes. Après une victoire de Dayan en première instance, McDonald’s obtient gain de cause en appel à Chicago en 1982, contraignant Dayan à rebaptiser ses restaurants O’Kitch en décembre 1982, tandis que McDonald’s avait déjà ouvert son premier restaurant officiel à Strasbourg le 17 septembre 1979.
Ensuite, si les Français sont attachés à leurs dessins animés, le phénomène n’a jamais atteint en France le degré d'imprégnation que l'on observe en Italie. De l'autre côté des Alpes, les animes font partie intégrante du quotidien : on les retrouve partout, de la papeterie scolaire à la vaisselle, en passant par les panoplies et les célèbres autocollants Panini. Ce marché colossal des produits dérivés n’a d'ailleurs jamais déserté les rayons des supermarchés italiens.

Cette fracture s'explique par une histoire médiatique différente. En France, à la fin des années 1980, une partie de l’élite intellectuelle a violemment critiqué les productions japonaises, les jugeant trop violentes. Une offensive qui a engendré le déclin des dessin animés sur les chaînes hertziennes au milieu des années 1990, scellé par l’arrêt du Club Dorothée. À l’inverse, l’Italie n’a jamais connu ce divorce. Les anime sont restés diffusés sans interruption devenant un socle culturel inébranlable.
Cette différence de perception se reflète particulièrement dans le statut des génériques. En France, les interprètes comme Bernard Minet, Dorothée ou Claude Lombard sont restés essentiellement cantonnés à l’univers de l’enfance. Alors qu'en Italie, au contraire, Cristina D’Avena est devenue le ciment de cette persistance culturelle. En étant l'interprète quasi exclusive des génériques pendant plus de quarante ans, elle a tissé un lien transgénérationnel unique : aujourd'hui, un grand-père, une mère et un enfant partagent les mêmes références musicales. Ses chansons ne sont pas perçues comme de simples comptines, mais comme de véritables titres de variété italienne. Empreints d'influences Italo-disco ou Pop-rock de qualité, ces génériques sont diffusés en radio et mixés en discothèque, s'imposant comme des piliers à part entière de la culture populaire italienne.










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