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Critique : Les Maîtres de l'Univers (2026)

  • 23 juil.
  • 4 min de lecture

Il aura fallu près de quarante ans, une adaptation mi-navet mi-culte en 1987 et un projet Netflix abandonné en cours de route (près de trente millions de dollars partis en fumée) pour que Musclor retrouve le grand écran. C'est finalement Amazon MGM et Mattel Films qui s'en chargent, avec aux commandes Travis Knight, l'homme de Kubo et l'Armure magique et de Bumblebee. Autant dire un artisan qui sait filmer l'aventure et l'émotion. Devant la caméra, Nicholas Galitzine enfile l'armure de Musclor, Jared Leto compose un Skeletor très habité, et Idris Elba prête sa carrure au maître d'armes Duncan. Verdict après cent quarante trois minutes : un très bon divertissement, mais un film qui refuse obstinément de choisir son identité.



La quête d'identité pour fil conducteur

Le film s'ouvre non pas sur la baston attendue, mais sur une promesse. « J'ai promis d'en faire un homme », lance le maître d'armes. « Quel genre d'homme ? », rétorque le roi. Tout le film tient dans cet échange. Dès l'enfance d'Adam, la trajectoire est posée : ni faible, ni mauviette, une force intérieure appelée à dépasser l'apparence. Le dilemme est joliment incarné à la fois par Adam et, par un effet de miroir, par son tigre peureux Cringer, qui se passerait bien d'aller au combat.

Bonne surprise pour qui redoutait le pire à la vue de la bande-annonce : le passage sur Terre, que le film de 1987 avait étiré jusqu'à l'ennui, est ici ramassé. Adam y traîne sa mélancolie dans les couloirs d'une entreprise très ordinaire, avant qu'un message ne le lance sur la piste de son épée perdue. L'essentiel se jouera finalement sur Eternia.



Un héros qui s'affirme difficilement

Reste que le héros est le maillon fragile de l'affaire. Adam est un peu niais, soit, mais Musclor l'est presque tout autant, et surtout il manque de ce grain de charisme, de ce côté sexy et dangereux qui aurait dû crever l'écran.

À l'inverse, le Skeletor de Jared Leto tutoie par moments le terrifiant, quand le film s'y autorise. Le problème n'est pas le manque de présence, c'est qu'on le somme sans cesse de placer une bonne vanne, comme si le film n'osait pas assumer sa propre noirceur.

Le vrai plaisir, pour le fan, tient à la galerie mythique convoquée dès le premier grand affrontement. Bélios, Fisto, Mekaneck et Rotaror, cette fois incarné en femme, puis, du côté du mal, Le Monstre et Dentos : les figurines de notre enfance prennent chair, et le film joue avec une gourmandise appuyée sur l'origine et parfois l'absurdité de leurs noms. Un régal de nostalgie, à condition d'accepter le clin d'œil redondant.


Le retour assumé aux codes de l'Heroic Fantasy

Là où le film convainc pleinement, c'est dans son goût retrouvé pour l'imagerie de l'Heroic Fantasy : la magie noire, les ossements, les reptiles, le sceptre contre le glaive... Knight tisse en parallèle le versant technologique de la saga, ses robots et ses véhicules, sans jamais que l'un n'écrase l'autre.

L'esthétique et les effets spéciaux sont efficaces, au point qu'on regrette de ne pas avoir pu les découvrir sur très grand écran, en salle, pourquoi pas même en 3D comme chez nos voisins européens.

Là où la chronologie des médias devait autrefois venir en aide à l'exploitation en salle, le paysage multimédia d'aujourd'hui et la force de frappe des plateformes de streaming produisent l'effet inverse : quand le film sortait au cinéma aux États-Unis comme chez tous nos voisins européens le 5 juin, la France en a été privée, et il aura fallu attendre sa diffusion à domicile, sur Prime Video le 22 juillet.

Côté musique, c'est une petite fête. Daniel Pemberton livre une bande originale puissante, épaulé par Brian May, guitariste de Queen, et le groupe The Darkness. Le film ponctue son récit de morceaux marquants, de Boys Don't Cry (The Cure) à The Power (Snap) et Whats UP (4 Non Blondes), avant de sortir l'artillerie lourde : le Princes of the Universe de Queen, composé à l'origine pour Highlander, surgit au moment du grand discours de ralliement et fait mouche. Le clin d'œil est encore plus savoureux qu'il n'y paraît : Brian May avait jadis signé la bande originale de Flash Gordon, et cette irruption rock convoque irrésistiblement le souvenir de l'envol des hommes-oiseaux.

Les collectionneurs, eux, s'amuseront de la présence de Torak, le concept originel de He-Man, ainsi que de Big Jim, autre figure emblématique du catalogue Mattel, tous deux ayant finalement cédé la place au plus célèbre des Maîtres de l'Univers.



Un humour que l'on aimerait apprécier

L'humour, justement, fonctionne quand il assume l'auto-dérision, quand il se moque tendrement du kitsch du dessin animé d'origine, ou avec le gag du camion Amazon. Une absence se fait pourtant cruellement sentir : celle d'Orko. Le petit sorcier maladroit aurait été l'outil idéal pour dédramatiser sans casser l'enjeu. Le film s'en passe et se retrouve à jongler, un peu maladroitement, entre le sérieux et la blague.

C'est là son vrai défaut. Les Maîtres de l'Univers n'arrive jamais à trancher entre l'aventure intense, malgré un Skeletor charismatique, et la comédie familiale bon enfant.

On regrette forcément le culot d'un Barbie qui, sous la même bannière Mattel, avait eu l'audace d'interroger sa propre marque et de bousculer son jouet. Ici, aucune volonté de changer la donne : c'est un film familial appliqué, sans prise de risque.


Verdict

On ne boudera pas son plaisir pour autant. Le spectacle est généreux et fait un bien fou à la fibre nostalgique. S'il souffre d'un vrai manque de cran dramatique, il n'en ressuscite pas moins fidèlement son univers et offre enfin à Musclor le rôle qu'on espérait : celui d'un héros qui gagne ses galons là où on l'attend vraiment, dans le fracas des combats, enfin badass. Un très bon divertissement, donc, qui laisse néanmoins le sentiment tenace d'un film qui aurait pu oser davantage.



Un dernier conseil : ne zappez pas trop vite : trois scènes post-génériques nous laissent espérer d'une suite, à condition que le film s'en donne les moyens : son démarrage commercial, très en deçà de ses 170 millions de dollars de budget, en fait pour l'heure l'un des plus gros échecs de l'année. La vraie partie se joue désormais sur Prime Video, où un carton d'audience pourrait offrir à Eternia la seconde vie que le box-office lui a refusée. La critique, elle, a déjà suivi. La porte n'est donc pas tout à fait close.


1 commentaire

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adrien gourillon
adrien gourillon
25 juil.
Noté 5 étoiles sur 5.

ça fait quarante ans que j'attendais ce film, déjà pas déçu, je viens de le voir ce soir et je vais le revoir ça c'est sur. Un chouillat nian nian mais c'est plaisant, un seul regret de pas voir la transformation de Gringer, sinon les codes sont là, la cinématique est magnifique et les 2H30 passent crème. Mon coup de coeur de l'année, bon je suis pas encore allé voir le dernier Nolan mais ça va pas tarder. Les scènes sont réussies les plans sont parfaits le jeu d'acteur est comme il faut pour coller au dessin animé et les notes d'humour sont présentes juste assez. Idris met le tempo et le film se laisse allègrement regarder. Mon envie de…

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