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Jim Queen : la culture pop au secours de la culture queer

  • 13 juil.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 juil.


Je connaissais quelques dessins de Pouiky affichés sur les murs de certains bars gays parisiens, et l'on m'avait justement soufflé qu'ils seraient bientôt mis en scène dans un film d'animation dont toute la scène queer se vantait avant même sa présentation officielle au Festival de Cannes, le lundi 18 mai 2026, en Séance de Minuit, une section hors compétition. Le film concourait tout de même pour la Caméra d'or, qui récompense le meilleur premier long métrage, et figurait en lice pour la Queer Palm, un prix indépendant. Aucune récompense remportée à ce jour, mais qu'importe. Un film gay, pour les gays, par des gays, et tout ça en animation... Que demander de plus ?


On est servi ! Jim Queen à la recherche de la Chloroqueer, de son titre complet, se répand en clichés gays, ou devrais-je dire LGBTQIA+, bien que ce soit vraiment très, très gay. On n'y parle quasiment que des hommes qui aiment les hommes (mais plus pour longtemps, la faute à un virus qui les rend hétérosexuels), et rien que cette catégorie représente déjà beaucoup de monde. Dans une « communauté » qui lutte pour ses droits depuis les émeutes de Stonewall, cette nuit du 28 juin 1969 où les homosexuels de Greenwich Village se sont rebellés contre une descente de flics casseurs de pédés, il n'y a jamais eu autant d'étiquettes : une par lettre citée plus haut, et dans chacune d'elles, d'autres sous-catégories encore. C'est précisément sur cette absurdité que le film s'amuse.

Les Gym Queens, mecs bodybuildés adorateurs du corps parfait, les Bears, hommes poilus et rondouillards buveurs de bière, les Twinks, jolis minets imberbes et squelettiques, ou encore les Drag Queens, vont devoir se serrer les coudes aux côtés de Jim Parfait, influenceur parisien de renom à la plastique irréprochable et aux muscles saillants, pour empêcher la terrible épidémie d'« Hétérose » qui menace de tous les rendre hétérosexuels ! Synopsis officiel : Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité..


Un synopsis aussi absurde qu'intelligent, qui permet de se moquer des carcans, des intolérants, des politiques et des homos eux-mêmes. Tout le monde y passe, mais avec un humour détonnant. Le film reste toutefois très osé et sans retenue, d'ailleurs il est officiellement déconseillé aux moins de 12 ans, ce qui me semble presque timide. Il pourrait s'avérer instructif s'il n'était pas aussi trash. Ceux qui ne soutiennent pas « la Pride » pour son exubérance auront du mal à savourer les « préférences sexuelles » mises en scène dans ce dessin animé qui se délecte à rire de tout et de tous. Le public averti, celui qui connaît « le milieu », devrait se poiler grâce à beaucoup d'autodérision et de second degré. Les autres ? J'aimerais sincèrement connaître leur ressenti.


Bobbypills, l'école du trash bien fait


Revenons-en à l'animation, basée donc sur les dessins de Pouiky, alias Marco Nguyen, ancien étudiant des Gobelins passé par l'animation des Hirondelles de Kaboul et du Sommet des Dieux. Il cosigne ici la réalisation avec Nicolas Athané, auteur maison de Bobbypills, rejoints au scénario par Simon Balteaux et Brice Chevillard.

Avec le Belge Umedia à la coproduction, Bobbypills, ce studio d'animation français fondé en 2017, s'est spécialisé dans la création d'animations pour adultes, produisant des séries au format court sans censure, sans directives de chaîne ni restrictions de sujet.On lui doit Vermin (2018), Peepoodo and the Super Fuck Friends (2018-2021), Crisis Jung (2018), Captain Laserhawk : A Blood Dragon Remix (2023) pour Ubisoft, Creature Commandos (2024) pour DC, ou encore Musketeer Nanako (2026). Et un nom me revient forcément en tête : celui de Balak, cocréateur de la bande dessinée Lastman que j'avais tant aimée, mais aussi connu pour Les Kassos sur Canal+, cette série qui s'amusait déjà à dézinguer les héros de notre enfance. Jim Queen est le premier long métrage du studio, et l'on sent que neuf ans de formats courts décomplexés ont servi de terrain d'entraînement : le trait épais, les aplats de couleurs franches et les proportions délibérément excessives tiennent parfaitement la distance sur une heure vingt-cinq.


Ouvertement pop et ultra-référencé


Car c'est bien là que le film m'a cueilli : Jim Queen est un festival de références assumées. On reconnaît une patte Rick et Morty dans le rythme et la folie visuelle, un hommage à Céline Dion, une scène musicale digne de La Petite Sirène, et des clins d'œil qui balaient tout le spectre, de Musclor aux Musclés de Dorothée, en passant par Akira ou Dragon Ball. Loin de tourner à vide, cette accumulation sert le propos : la pop culture devient le tronc commun d'une communauté de plus en plus segmentée.


Ce film est aussi une promenade dans le Marais des nuits parisiennes, avec des scènes devant le Cox, le Quetzal, et au sous-sol du Bears' Den, qui accueille son karaoké du jeudi au dimanche. Les habitués reconnaîtront les lieux, et même les célèbres buissons des jardins du Louvre ont droit à leur moment de gloire, référence là aussi au labyrinthe de Shining dans une séquence particulièrement déroutante.

Un doublage aux petits oignons

Le doublage est une réussite. Alex Ramirès prête sa voix à Jim Parfait avec juste ce qu'il faut d'arrogance, Jérémy Gillet campe un Lucien attachant, et Shirley Souagnon électrise chacune de ses apparitions. Les initiés reconnaîtront peut-être Philippe Katerine, qui double... une prostate (véridique), et François Sagat, célèbre acteur X, qui double Pavel, le rival de Jim. Un casting vocal enregistré avant l'animation, ce qui explique que les mimiques des personnages collent aussi bien au jeu des comédiens.


Jim Queen est sorti en salles le 17 juin 2026, un mois après sa première cannoise. Une heure vingt-cinq de mauvais goût réjouissant, de tendresse inattendue et de pop culture recyclée en cri de ralliement. Le premier long métrage de Bobbypills est un pari osé, et un pari gagné, qui laisse même un goût de reviens-y.

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