Les atouts de JLA Play
Dernière mise à jour : il y a 11 heures
L'histoire de la télévision est celle d'une fuite en avant permanente. Le hertzien a cédé au câble et au satellite, la TNT a rebattu les cartes, puis le streaming a fait voler en éclats la grille et le rendez-vous fixe. Jean-Luc Azoulay a toujours eu un coup d'avance : les animés japonais importés par pleins cargos, les sitcoms tournées à la chaîne, le satellite avec ABSat dès 1995, la TNT avec sa chaîne IDF1 en 2008... À chaque nouveau tuyau de diffusion, il a répondu présent. Le 11 septembre 2026, il remet ça. Privé de chaîne pour ses Mystères de l'amour, il ne baisse pas les bras : il lance sa propre appli et mise sur le format du moment, la série verticale.
Cartes sur table

JLA Play, c'est quoi ? Une appli gratuite à télécharger, bientôt sur iPhone et Android, partout dans le monde. Le principe est du freemium : une fois inscrit, on regarde gratuitement une bonne partie des séries. Les shortcoms et les inédits, eux, se débloquent épisode par épisode avec des points, ou d'un coup avec un abonnement, dont on ne connaît encore ni le prix ni la date de lancement.
Sa vitrine, c'est le retour des Mystères de l'amour, arrêtés sur TMC le 28 décembre dernier après quatorze ans d'antenne. La série ne revient pas à la télé, mais en exclu sur l'appli, un épisode inédit par semaine. Petite précision lâchée par le producteur cette semaine : Amis pour toujours n'est pas un nouveau titre pour la série mais, juste celui du premier épisode d'une nouvelle saison. Casting quasi au complet : Hélène Rollès, Patrick Puydebat, Laure Guibert...

Elsa Esnoult, de son côté, redevient Fanny Greyson dans la nouvelle saison des Mystères, tandis que sa nouvelle série internationale Elsa in LA, tournée à Los Angeles où elle joue son propre rôle, devrait elle aussi rejoindre la plateforme.
JLA promet aussi ses séries cultes en entier (au format horizontal classique), les concerts de ses artistes, des podcasts, et surtout « des dizaines de shortcoms inédites » : des séries courtes façon Un gars, une fille ou Caméra Café, mais filmées à la verticale pour un meilleur rendu sur le téléphone, un format qui cartonne un peu partout dans le monde.
Côté scène, la plateforme pourra accompagner l'actualité des artistes maison. Le calendrier de fin d'année est fourni : Elsa Esnoult à La Cigale les 30 et 31 octobre 2026, puis Hélène à la Salle Pleyel le 15 novembre, au terme de sa tournée « De Pékin à Paris ». On peut aussi espérer y retrouver les concerts de Dorothée, dont la dernière tournée s'achève le 18 décembre 2026. Par ailleurs se tiendra, le 30 octobre 2026 au Palais des Congrès, Star Manga, un concert symphonique de génériques présenté par Jacky et réunissant des voix du Club Dorothée (Bernard Minet, Jean-Paul Cesari) ainsi que Noam, Marie Dauphin, Valérie Barrouille ou Jean-Pierre Savelli. Autant de spectacles vivants qui pourraient donner envie de s'inscrire, s'ils rejoignent la programmation de la plateforme.

Jacky a enregistré pour l'occasion un podcast, Platine Jacky, autour d'un art qu'il chérit, en écho direct à sa mythique Platine 45, première émission française entièrement consacrée au clip vidéo. Jacky y mettra une nouvelle fois les talents de la musique en avant, comme il aimait le faire avec son JJDA ou Jacky aux platines sur 20 Minutes TV. Lionel Gédébé avait partagé le 21 août une photo les réunissant, dont le logo sur la porte avait intrigué sur le projet.
Assez d'atouts dans la main ?
L'ambition est là, l'optimisme aussi. Mais une vraie question demeure : Hélène, sa bande et le catalogue JLA suffiront-ils à faire tourner une plateforme entière, sur la durée ?
Le catalogue, d'abord, est plus riche qu'on ne croit. JLA ne produit pas que des sitcoms : on lui doit aussi Camping Paradis, Astrid et Raphaëlle, Munch, Le Remplaçant, Alexandra Ehle, ou les adaptations d'Harlan Coben (Une chance de trop, Juste un regard). Un atout de taille, avec un bémol : les droits de diffusion de ces séries appartiennent le plus souvent aux chaînes qui les ont commandées, TF1 ou France Télévisions. Rien ne dit qu'elles atterriront sur JLA Play.
La gratuité du téléchargement enlève le premier frein, mais une plateforme ne vit pas de ses inscrits, elle vit de ceux qui consomment et qui paient. Tout se jouera donc sur les inédits et les shortcoms, débloqués aux points ou par abonnement. Or le public visé est bien identifié : plutôt quadra ou quinqua. Ils étaient encore environ 330 000 devant le dernier épisode, fin décembre 2025 (480 000 en moyenne sur l'année), très attachés à la série, mais pas vraiment habitués à payer à l'épisode ni à regarder sur mobile. D'ailleurs, sur les réseaux, certains grognent déjà. Transformer cet attachement en habitude de paiement, sans chaîne pour faire la promo, voilà le vrai test.
On pourrait croire à un « Netflix du Club Dorothée ». Ce serait se tromper. En 1999, Azoulay et Claude Berda se séparent : Azoulay garde la production (JLA Holding), Berda garde les chaînes et le catalogue (AB Groupe), revendu à Mediawan en 2017 pour quelque 280 millions d'euros. Résultat : le Club Dorothée et ses dessins animés appartiennent aujourd'hui à Mediawan, pas à JLA. Ce trésor vit sa vie ailleurs : longtemps sur la chaîne YouTube Génération Club Do, il migre en partie vers TF1+, qui héberge aussi quelques sitcoms AB. Bref, tout ça échappe à JLA Play. Azoulay devra donc compter sur ce qui lui appartient en propre, ses sitcoms, l'univers d'Hélène et les garçons, et surtout des nouveautés.
Un coup de poker assumé

Ce pari n'a pourtant rien d'absurde. Le roi de la sitcom qui se met à la série verticale, ça coule presque de source. Le microdrama, produit à la chaîne et scrollé par salves sur téléphone, c'est la vieille recette d'AB remise au goût du jour : du volume, du rythme, de l'habitude. Azoulay avait déjà rêvé d'une chaîne façon Club Do, la « Do TV », jamais sortie des cartons. JLA Play, c'est la nouvelle tentative de reprendre la main sur la diffusion, version 2026.
Au fond, l'annonce dit une chose simple : la télé du rendez-vous et de la grille n'est plus le seul horizon pour ceux qui fabriquent des programmes. En misant tout sur son appli, Azoulay ne se contente pas de suivre la tendance, il joue son va-tout et tente, comme toujours, de prendre les devants. Reste à voir si le public suivra. Réponse dans quelques mois.



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