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Plus de deux siècles de parcs d'attractions en France

il y a 18 heures
7 min de lecture

Bien avant les grands huit en acier et les univers immersifs, la France cultivait déjà l'art du divertissement de masse. Des jardins libertins aux parcs éco-responsables d'aujourd'hui, retour sur une histoire mouvementée, faite d'audaces, de succès fulgurants et de faillites retentissantes.


LES ORIGINES : fêtes foraines et jardins d'attractions

Dès le XIXᵉ siècle, la France connaît des formes de divertissement qui préfigurent le parc d'attractions moderne.


Le Jardin de Tivoli (Paris, 1795-1842)

Ancêtre reconnu des parcs d'attractions, le Tivoli parisien s'installe successivement, entre 1795 et 1842, dans le quartier actuel de Saint-Georges, autour des rues Saint-Lazare et de Clichy (9ᵉ arrondissement). Née de la « Folie Boutin », dont le propriétaire fut guillotiné sous la Terreur, la propriété rouvre au public en 1795 et prend le nom de Tivoli, en hommage aux jardins de la villa d'Este près de Rome.

C'est à la fois un lieu d'agrément (grande roue, toboggans, montagnes russes, patinoire) et un haut lieu de libertinage : bosquets discrets, labyrinthes coquins, rencontres galantes et spectacles nocturnes. Les feux d'artifice sont assurés par les Ruggieri. Le succès est immédiat : après la Terreur, les Parisiens aspirent à la détente, et sous le Directoire, la foule se presse à Tivoli pour danser, écouter l'orchestre ou assister aux ascensions en ballon, très prisées à l'époque.

Les 4 dernières images sont des simulations générées par IA:


Copenhague, digne héritière :

Le concept traverse les frontières. Créés en 1843, les jardins de Tivoli de Copenhague sont le plus ancien parc à thème encore en activité : fleurs, restaurants, cafés et montagnes russes s'y côtoient toujours. Le titre du plus ancien parc de loisirs au monde revient toutefois à un voisin danois, Bakken, au nord de Copenhague, dont l'histoire remonte à 1583, autour d'une source qui attira peu à peu marchands et artistes.


Magic City (Paris, 1900-1934)

Inspiré de Coney Island, Magic City est souvent présenté comme le premier parc d'attractions parisien. Le lieu est lancé vers 1900 par Ernest Cognacq, propriétaire de la Samaritaine, quai d'Orsay, face au pont de l'Alma. Le parc lui-même est inauguré le 2 juin 1911 : attractions foraines, curiosités, spectacles, « représentations d'indigènes » (un « zoo humain », selon la pratique coloniale de l'époque) et vaste piste de danse avec orchestre.

Après la Première Guerre mondiale, il devient surtout un lieu de bal, célèbre pour ses bals masqués et sa fréquentation homosexuelle jusqu'en 1934. Le bâtiment est finalement détruit en 1942.

(Les sources divergent : certaines datent la « fondation » de 1900, d'autres l'ouverture effective du parc de 1911.)


Luna Park (Paris, 1909-1934)

Ouvert en 1909 Porte Maillot, à l'emplacement de l'actuel Palais des Congrès, Luna Park est l'un des premiers parcs parisiens à proposer des attractions modernes. Ouvert de 13 h à minuit, l'entrée coûtait 1 franc avec une attraction gratuite, sauf le vendredi, jour de la clientèle mondaine, où le tarif grimpait.

Parmi ses attractions phares : le water chute, des montagnes russes d'environ 2 000 mètres, la « roue diabolique » (ou katcheli) dont les wagonnets s'agitaient en tous sens, le « moulin de la rivière mystérieuse » (sorte de train fantôme sur l'eau) et un Scenic Railway de près de 2 000 mètres.

Le parc décline dans les années 1930. Sa date de fermeture reste discutée : selon les sources, l'activité cesse entre 1931 et 1934, le site n'étant définitivement libéré qu'en 1946, avant l'édification du Palais des Congrès en 1974.


L'ESSOR DES PARCS À THÈMES

Dans les années 1950-1970, le développement des loisirs de masse favorise l'apparition de parcs permanents.


La Mer de Sable (Ermenonville, 1963)

Après le Conservatoire national supérieur d'art dramatique, le comédien Jean Richard multiplie les activités (cirque, cabaret, cinéma, télévision) et se constitue une imposante ménagerie. Elle devient si vaste qu'il crée un zoo à Ermenonville, où il s'installe en 1955 avant d'y être élu conseiller municipal.

En 1963, il fonde La Mer de sable, considérée comme le premier parc de loisirs à thème français, en profitant d'une vaste étendue sablonneuse pour reconstituer des décors de Far West. En 1965 s'ajoute la Forêt enchantée, dédiée aux contes de Perrault et de Grimm. Le parc mêle plaine de jeux, animaux, promenades à poney et décors évoquant les continents : chameaux pour l'Afrique, pagode pour l'Asie, ranch et saloon pour l'Amérique.

En 2023, le parc accueille 400 000 visiteurs et vise 450 000 entrées d'ici 2026. Sa nouveauté 2025, le Wild Buffalo, est un wooden coaster.

Pour financer ses projets, souvent coûteux (Jean Richard rachète le cirque Pinder en 1972), le comédien enchaîne aussi les tournages, à l'accueil parfois mitigé, jusqu'à son rôle marquant du commissaire Maigret.



Mirapolis, le parc des légendes françaises (1987-1991)

Le 20 mai 1987, à Courdimanche près de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), Mirapolis ouvre ses portes, inauguré par le Premier ministre Jacques Chirac. L'ambition : un parc 100 % français, puisant dans les contes, légendes et figures de l'imaginaire national.

Dès 1980, l'architecte Anne Fourcade rêve d'un parc de loisirs novateur. Un voyage à Disneyland en Californie, en 1982, la convainc d'adapter le « royaume enchanté » à la culture française, en misant sur 600 000 visiteurs annuels. En 1984, grâce aux relations de son père, elle s'associe au milliardaire saoudien Ghaith Pharaon, dont l'entrée accélère le projet.

Le parc se distingue par la richesse de ses attractions, toutes empreintes de folklore : le Miralooping (montagnes russes métalliques), le Tourbillon, l'Arbre Lumière (spectacle d'animatroniques), un cinéma en relief, un simulateur de vol, la Forêt de Brocéliande et la ville engloutie d'Ys peuplée de monstres marins, un village viking autour d'un drakkar, un spectacle de l'école de cirque d'Annie Fratellini, ou encore la Quik Cup, manège de tasses à l'effigie de Groquik. Le chanteur Carlos en devient le parrain, enregistrant plusieurs chansons à sa gloire. Les premiers numéros du Juste Prix y sont même tournés entre décembre 1987 et juillet 1988, contribuant à faire connaître le parc.

Les deux premières saisons approchent le million de visiteurs, mais la fréquentation chute à 650 000. S'ajoutent les tensions avec les forains (notamment sur la TVA) et surtout les scandales : Ghaith Pharaon est recherché par le FBI. Plombé par les dettes et une mauvaise gestion, Mirapolis ferme définitivement le 20 octobre 1991, après seulement cinq saisons. Le site est laissé à l'abandon, peu à peu envahi par la végétation.



Trois succès durables

La même période voit naître des parcs qui, eux, s'installeront dans le paysage :

  • Le Futuroscope (Poitiers, 31 mai 1987), unique en son genre, mise d'emblée sur les nouvelles technologies et le multimédia.

  • Le Parc Astérix (Plailly, 30 avril 1989), tiré de la célèbre bande dessinée, bâtit son univers autour de l'Antiquité et de l'humour gaulois.

  • Big Bang Schtroumpf (Maizières-lès-Metz, 9 mai 1989), en Lorraine, s'appuie sur la licence de Peyo pour redynamiser une région sidérurgique en crise.

Ce dernier illustre bien la fragilité du secteur. Malgré un démarrage prometteur, le parc fait faillite dès fin 1990 (380 000 visiteurs pour 1,8 million espéré). Racheté par le groupe belge Walibi, il rouvre en 1991 sous le nom de Walibi Schtroumpf, associant les petits hommes bleus au kangourou mascotte. En 1998, l'attraction à sensations « La Vengeance de Gargamel » fait beaucoup parler d'elle, avant d'être rebaptisée « Dark Tower » puis « Space Shoot ». Devenu Walibi Lorraine (2003) puis Walygator Parc (2007), le site s'étend aujourd'hui sur environ 42 hectares, avec quatre montagnes russes et cinq attractions aquatiques ; les décors schtroumpfs ont entièrement disparu.


Chanson "Big Bang Song - Big Bang Schtroumpf" par Alix disponibles sur Les Archives du Nouveau Monde

1992 : la révolution Disneyland Paris

L'ouverture d'Euro Disney (aujourd'hui Disneyland Paris) le 12 avril 1992 marque un tournant. Le parc impose de nouveaux standards de qualité, d'immersion et de service. Malgré des débuts difficiles, il s'impose rapidement comme le premier parc d'Europe en fréquentation.


Les parcs français se multiplient et enrichissent leur offre :

  • Le Puy du Fou : après la Cinéscénie, spectacle nocturne lancé en 1978, le parc de jour ouvre en juin 1989. Il prend toute son ampleur dans les années 2000 et devient une référence mondiale du spectacle vivant.

  • Nigloland, Walibi, Fraispertuis : ces parcs régionaux investissent dans des attractions modernes pour rivaliser avec les grandes enseignes.


Le Parc Spirou, du 9ᵉ art aux mangas

Ouvert en 2018 à Monteux (Vaucluse), le Parc Spirou Provence se distingue des parcs bâtis sur une licence unique (Parc Astérix, Big Bang Schtroumpf) : il fédère plusieurs héros de la bande dessinée franco-belge des éditions Dupuis, de Spirou au Marsupilami, en passant par Lucky Luke, les Schtroumpfs ou Kid Paddle. Il franchit un cap le 4 avril 2026 en inaugurant Naruto – Konoha Land, première zone d'Europe entièrement dédiée à un manga. Fruit de 17 millions d'euros investis et d'une collaboration avec le Studio Pierrot, cette extension de 1,5 hectare reconstitue le village de Konoha (deux attractions, dont le coaster lancé Kyûbi Unchained). Objectif affiché : passer de 320 000 visiteurs (record 2023) à 500 000 par an.


Demain : Dragon Ball sur les ruines de Mirapolis

L'annonce la plus spectaculaire de ces dernières années résume tous les enjeux du secteur. Le 24 août 2026, la France et l'Arabie saoudite signent un protocole d'accord pour trois parcs à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), dont un consacré à Dragon Ball, porté par Qiddiya (fonds souverain saoudien) et chiffré jusqu'à 6 milliards d'euros. Un parc qui repartirait de zéro, sur le site même de l'ancien Mirapolis, à l'abandon depuis 1991 : trente-cinq ans après Gargantua, Shenron renaîtrait de ces ruines.

Le projet réactive toutes les leçons du passé. Le financement d'abord, talon d'Achille de Mirapolis comme de Big Bang Schtroumpf, deux échecs plombés par les dettes.

La licence ensuite, révélatrice d'une communication maladroite : le protocole n'évoquait discrètement que trois parcs autour du manga, mais Valérie Pécresse, trop enthousiaste et plus affirmative, a publiquement attaché la marque Dragon Ball et une ambition « de l'ampleur de Disney » avant même que les droits soient négociés. Toei Animation, l'ayant droit, dit d'ailleurs ne pas avoir connaissance d'un projet français correspondant. Le parc jumeau de Riyad, lui, est plus avancé, en chantier et développé avec Toei depuis 2024, sans pour autant afficher de date d'ouverture. Côté français, tout reste donc à négocier.



Le thème enfin, atout maître des franchises japonaises, capables de fédérer des communautés mondiales là où les parcs français puisaient dans un patrimoine national.

Reste le défi le plus récent : le climat. À la contrainte historique de la pluie s'ajoutent désormais les canicules, qui vident les allées et imposent ombrage, brumisation et repensée écologique des sites.


Des jardins de plaisir du Directoire au dragon de Toriyama, l'histoire des parcs français reste la même : réunir loisirs, capitaux, licence, imaginaire et durabilité, avant d'espérer invoquer le succès.

Le mercredi 9 septembre, je recevais Maxime Guény, directeur de publication et rédacteur en chef de Parcs & Loisirs Magazine



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