Lupin III : l'histoire japonaise d'Edgar de la cambriole
En France, il s'appelait Edgar, surnommé « de la cambriole ». Sur son île natale, il n'a jamais cessé de s'appeler Lupin III, et il y règne depuis près de soixante ans. Ce « III » n'a rien d'anodin : il désigne le troisième du nom, autrement dit le petit-fils d'Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur imaginé par l'écrivain français Maurice Leblanc. Derrière le voleur au sourire narquois que « FR3 Jeunesse » a présenté aux enfants français en 1985, il y a un personnage purement japonaise, née d'un dessinateur facétieux, sauvée par deux futurs génies du studio Ghibli, et devenue l'un des plus vieux héros vivants de l'animation mondiale. Retour sur Rupan Sansei, le troisième du nom.
1967 : un cambrioleur né dans un hebdomadaire
Tout commence l'été 1967. L'éditeur Futabasha lance un nouveau magazine, Weekly Manga Action, et confie à un jeune dessinateur, Kazuhiko Katō, le soin d'imaginer une série pour l'accompagner. Katō signe sous un pseudonyme trouvé par son rédacteur en chef, « Monkey Punch », qu'il gardera toute sa vie. Le premier chapitre paraît le 10 août 1967.

Avant de dessiner, Monkey Punch avait lu une quinzaine de récits des aventures d'Arsène Lupin. Détail lourd de conséquences, il ne demanda jamais l'autorisation d'utiliser le nom, ce qui vaudra à la franchise des décennies de démêlés avec les ayants droit de l'écrivain. Le nom « Lupin » finit par s'imposer à l'international au cours des années 1990, mais il faut attendre le 1er janvier 2012 pour que l'œuvre de Maurice Leblanc, mort en 1941, tombe dans le domaine public en France, soixante-dix ans après sa disparition. C'est seulement alors que le héros, longtemps rebaptisé « Edgar » dans l'Hexagone, peut y porter enfin son vrai nom, Lupin III.
Le Lupin du manga n'a rien d'un héros pour enfants. Publié dans un magazine seinen destiné aux adultes, il est cynique, violent, obsédé, très porté sur les femmes : un cambrioleur de bande dessinée pour lecteurs adultes, à l'humour noir et au trait nerveux. C'est cette version crue qui posera problème quand la télévision voudra s'en emparer.
Une bande, quatre silhouettes

Le génie de Monkey Punch tient aussi à son casting, resté inchangé depuis 1967. Autour de Lupin gravitent Daisuke Jigen, le tireur d'élite au chapeau rabattu (dont le physique est ouvertement inspiré de l'acteur James Coburn), Goemon Ishikawa, le samouraï au sabre capable de trancher l'acier, introduit pour apporter une touche orientale à un univers très occidental, et Fujiko Mine, la femme fatale insaisissable, tantôt complice tantôt rivale. En face, un seul homme : l'inspecteur Koichi Zenigata, de l'ICPO, qui a fait de la capture de Lupin le combat de sa vie. En France, ils deviendront Isidore, Yokitori, Magali et l'inspecteur Lacogne.
1971 : l'anime qui a failli tout rater
La première série animée, diffusée à partir du 24 octobre 1971 sur Yomiuri Television et produite par Tokyo Movie (futur TMS), est aujourd'hui un mythe. Elle a pourtant frôlé le désastre. Dans cette saison, restée célèbre chez les fans sous le surnom de « veste verte », le réalisateur d'origine, Masaaki Ōsumi, monte une adaptation fidèle au ton adulte du manga. Le public de 1971 n'est pas prêt : l'audience s'effondre, et Ōsumi est écarté.
Pour sauver le navire, le studio appelle deux jeunes talents travaillant sous le label « A Production » : Isao Takahata et Hayao Miyazaki. À partir du milieu de la saison, ils adoucissent le personnage, ajoutent de l'aventure, de la mécanique de précision et un soupçon de tendresse. La série s'arrête au bout de 23 épisodes seulement, mais trouve enfin son public en rediffusion. Le culte est né.
Miyazaki, Cagliostro et la consécration

Le succès des rediffusions relance la machine. Deux longs métrages arrivent coup sur coup : Le Secret de Mamo en 1978, premier film de la franchise, puis Le Château de Cagliostro en 1979. Ce dernier n'est pas un film comme les autres : c'est le premier long métrage réalisé par Hayao Miyazaki, six ans avant la fondation du studio Ghibli. Poursuites virtuoses, château vertical, princesse à sauver, Lupin y devient presque chevaleresque. Le film est aujourd'hui considéré comme un classique absolu de l'animation, bien au-delà du cercle des amateurs de la série.
Entre-temps, une deuxième série télévisée, diffusée de 1977 à 1980, installe durablement le personnage. C'est la « veste rouge », la plus longue de toutes avec 155 épisodes, et c'est elle que la France découvrira. Miyazaki y reviendra une dernière fois pour réaliser deux épisodes (les 145 et 155), qu'il signe sous un pseudonyme, marquant ses adieux à la franchise.
C'est aussi cette période qui fixe l'identité sonore de Lupin : les compositions jazz-funk de Yuji Ohno, dont le thème principal, entêtant, reste l'un des génériques les plus reconnaissables de l'animation japonaise.
En France, « Edgar, le détective cambrioleur », découvert par les jeunes téléspectateurs le 12 septembre 1985 sur FR3, sera porté par un générique signé Jean-Daniel Mercier et interprété par la chanteuse Liliane Davis (disque édité chez Adès), gravant à son tour la mélodie dans la mémoire des enfants de l'Hexagone. Côté voix, la version française de 1985 (réalisée au studio SOFI) réunit un casting devenu culte : Philippe Ogouz (Capitaine Flam et Musclor) prête sa voix à Edgar et assure la direction du doublage, Francis Lax double Isidore (Jigen), Catherine Lafond incarne Magali (Fujiko), tandis que Jacques Ferrière, première voix de Yokitori (Goemon) et de l'inspecteur Lacogne (Zenigata), est relayé sur les derniers épisodes par Serge Lhorca.
Un héros qui refuse de vieillir
Depuis, Lupin n'a jamais quitté l'antenne japonaise. Chaque nouvelle série change discrètement la couleur de sa veste, devenue un code pour les fans : verte pour la première, rouge pour la deuxième, rose pour la troisième (1984-1985), bleue pour l'Aventure italienne de 2015. À cela s'ajoutent une série entièrement consacrée à Fujiko en 2012, une cinquième saison en 2018, une sixième en 2021, une pluie de longs métrages, et surtout un rendez-vous devenu institution : le téléfilm spécial annuel, diffusé quasiment chaque année depuis 1989, soit plus d'une vingtaine d'épisodes événementiels.
La longévité tient aussi aux voix. Yasuo Yamada prêta la sienne à Lupin de 1971 à 1994 ; à sa disparition, Kanichi Kurita reprit le rôle, qu'il tient encore aujourd'hui, assurant une continuité rare pour un personnage de cet âge.

Signe de son statut d'institution, Lupin est aussi devenu une figure publicitaire récurrente au Japon. Dès 1995-1996, il prêtait ses traits à deux spots (déclinés chacun en deux variantes) pour les stations-service Esso. En 2022, toute la bande reprenait du service pour McDonald's Japon, le temps d'une publicité entièrement consacrée au drive : Lupin, Jigen et Goemon passent commande depuis la célèbre Fiat 500 jaune et s'émerveillent de la commande mobile, clin d'œil malicieux à un héros qui aura fini par traverser jusqu'à l'ère du fast-food connecté.
Traduction réalisée à partir d'un mélange de Google Translate, ChatGPT et de bon sens, désolé si ce n'est pas exact, je ne parle pas japonais.
Monkey Punch, lui, s'est éteint en avril 2019, à 81 ans. La même année sortait au Japon Lupin III: The First, premier film de la saga entièrement en images de synthèse (arrivé sur les écrans français à l'automne 2020), preuve que le détective cambrioleur savait encore changer de peau.
Pourquoi le Japon ne l'a jamais lâché
En Occident, on a longtemps réduit Lupin à un dessin animé de l'après-midi. Au Japon, il est autre chose : une institution qui traverse les générations, un personnage assez souple pour être tour à tour violent, tendre, burlesque ou nostalgique selon l'époque et le réalisateur. De Monkey Punch à Miyazaki, chacun y a projeté sa vision du même homme, un gentleman qui vole moins pour l'argent que pour le plaisir du geste.
Lupin revient en bande dessinée française

L'histoire ne s'arrête pas là. En 2026, le gentleman cambrioleur s'offre un détour inédit par la BD franco-belge. Les éditions Kana l'accueillent dans leur collection « Classics », qui confie des licences cultes de l'animation des années 1970-1980 à ses auteurs, après Albator, Saint Seiya, Goldorak ou Capitaine Flam.
Intitulé Lupin III : La Merveille, ce one-shot entièrement original est scénarisé par le Belge Kid Toussaint et dessiné par l'Espagnol José-Luis Munuera (Spirou et Fantasio), deux auteurs qui se revendiquent eux-mêmes fans du personnage. L'intrigue lance Lupin, Jigen et Goemon sur la piste de « la Merveille », un trésor que le grand-père Arsène n'avait jamais réussi à dérober, de la Côte d'Azur à Alcatraz en passant par Grenade, Tokyo et Moscou. Annoncé un temps pour le premier semestre 2026, l'album paraît finalement le 25 septembre 2026.



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